Liberty, ou la fille qui voulait seulement maigrir

Le journal en ligne en remplacement de la série animée.

Les passages en italique sont tirés de mon journal intime. Les articles sont classés du plus récent au plus ancien (commencez par la fin, donc)
A la fois fiction et autobiographie.
Bonne lecture,
Tooc.
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mercredi 26 mai

Stop. C’est fini. Je ne mange plus jusqu’à ce que je sois maigre.

Je sais pas trop ce qui s’est passé.

Depuis lundi je tenais plus ou moins mon régime. Cet après-midi, j’étais seule à la maison. Comme tous les mercredi. Et, comme toutes les fois où je suis seule à la maison, je me suis introduite dans la cuisine et me suis tout de suite emparée de la tablette de chocolat Milka. En moins de deux minutes, elle était engloutie. Pas étonnant de ma part. J’étais assise sur le canapé, l’emballage vide, déchiré, était posé sur la table basse. J’ai marqué un temps de pause et j’ai regardé longtemps l’emballage. J’ai culpabilisé. Je veux dire, bien plus que d’habitude. “C’est comme ça que tu maigris, grosse vache de merde ?”, je me suis demandé à voix haute.

Je ne sais pas ce qui s’est passé dans ma tête.

Je me suis automatiquement, à la vitesse de la lumière, dirigée vers les WC. Je ne savais pas comment m’y prendre. Pendant une demi-heure interminable j’ai malaxé le fond de ma gorge avec mon index et mon majeur droits. C’est idiot mais, quand tout ce nuage chocolaté, gluant, brûlant, est ressorti en coulant comme une cascade sur mon avant-bras, j’ai éprouvé un putain de soulagement. 

Je me suis redressée, me demandant vaguement ce que je venais de faire. Deux sentiments se sont installés dans ma tête : la fierté, et la peur. J’avais cette gerbe sous les yeux et un sourire débile illuminait mon visage. J’ai tiré la chasse d’eau, me suis tournée vers le miroir. Mes yeux étaient rouges, mes joues trempées de larmes, mon menton gluant. “A partir, de maintenant, MAINTENANT, si tu manges autre chose qu’un légume ou un fruit ça finira au même endroit”.

Je suis fière parce que je sens enfin que cette fois-ci est la bonne. Je n’ai pas cet habituelle arrière-pensée qui me dit que je ne tiendrai pas. Je ne craquerai pas.

J’ai peur, parce que je sais au fond ce que tout ça ça signifie. Se faire vomir, c’est pas un comportement vraiment normal…

Enfin, il ne faut pas que j’y pense. L’important, c’est que je maigrisse.

Note de Tooc : Non, ce jour-là, je ne m’attendais pas à ce qu’il change définitivement ma vie. Un simple petit geste peut entamer votre auto-destruction.

tumblrbot asked: ROBOTS OR DINOSAURS?

Dinosaures

lundi 24 mai

22h57

Je ne peux plus. 64,8 kilos pour 1m56. Quand je salue les gens dans la cour du lycée ou ailleurs, je suis toujours sur le point de me présenter en disant que je m’appelle 64,8. Je suis, 64,8. 64,8 kilos d’horreur.

Objectif : MAIGRIR.

Photo : Tooc à 65 kilos, toujours.

Cher journal

C’est dingue ce que je suis grosse. J’ai la fâcheuse habitude de ne jamais avoir confiance en moi à cause de ça : à cause de l’image que je vois avec dégoût tous les matins en me regardant dans le miroir. Je ne me considère pas comme les autres jeunes filles de mon âge. Elles, elles ont le droit de porter des shorts, des jupes ou des robes l’été. Elles ont le droit de sourire, le droit de se montrer, le droit de s’amuser. Pas moi. Pourtant on ne peut pas dire que je suis malheureuse, oh non, au contraire, j’ai une vie bien remplie ! 

Tout d’abord mes amis sont géniaux. Je vais essayer de te les décrire en quatre mots :

Il y a Zora, franche, réaliste, étonnante et parfois insolente.

Il y a Océane, la sportive désinvolte, indifférente et simpliste.

Il y a Jude, une grande séductrice, donc très soigneuse et surtout belle, mais le plus souvent irritante (voire insupportable).

Il y a Mélissa, qui, elle, est raisonnable, généreuse, un peu immature mais vachement attachante.

J’en passe.

Et puis, il ne faut surtout pas oublier que je fais partie des filles qui ont la chance d’avoir un petit copain. Mathéo, il s’appelle. Beau, intelligent, généreux, bref, la perfection ! Je l’aime, je l’aime, je l’aime. Je me demande parfois ce qu’il fait avec moi.

Oui, ma vie au lycée est plutôt géniale. Je ne m’ennuie jamais. Mais il y a toujours cette idée de grosseur, de laideur, cette arrière-pensée qui m’empêche de vivre ma vie à fond. Je ne m’assume pas. Et puis, ces amis n’arrêtent pas de me charrier. C’est pas méchant, mais c’est fou ce que c’est blessant. Tout ça, ça dure depuis des années déjà. Tous les jours je me lève en me disant que je dois maigrir. Mais une fois devant la nourriture je n’y arrive pas. J’aime la vie, donc j’aime manger. Et je me couche en regrettant. Je pense, qu’en fait, si je mange autant, c’est parce que ça me rend tellement triste toutes ces moqueries, que je me console avec la nourriture. C’est complètement idiot mais c’est une sorte d’exutoire. Est-ce-que j’aime vraiment manger, alors ?

Tooc à ses 65 kilos. J’étais mal dans ma peau, mais au fond, j’étais heureuse.